Le programme SYRACUSE

La tête dans les étoiles...

dimanche 25 janvier 2009, par 14IR103 Jean-François


Dans les différentes armées du Ministère de la Défense (Terre, Air, Marine), de très nombreux militaires sont spécialisés dans les transmissions et plusieurs d’entre eux oeuvrent pour le système SYRACUSE (SYstème de RAdioCommunication Utilisant un SatellitE). Syracuse est le nom du programme français de satellites réservés aux télécommunications militaires. Ce système permet d’assurer l’ensemble des communications militaires entre la France et ses unités déployées hors métropole. Il permet la conduite des opérations pour le commandement, le renseignement et la logistique. Le système Syracuse vient donc en complément des satellites HELIOS (satellites d’observations militaires).

Le programme Syracuse 3 :

Actuellement Syracuse 3 est en phase de mise en place, en remplacement de la génération Syracuse 2. Composé à terme de 3 satellites dont 2 sont déjà en orbite (Syracuse 3A et 3B), le programme Syracuse 3 doit permettre aux forces françaises d’être autonomes en matière de communication par satellites. Ce programme englobe les satellites ainsi que toute l’infrastructure sol et réseaux nécessaires au déploiement des stations satellitaires du Ministère de la Défense. Il est le premier réseau de télécommunications militaires français véritablement protégé et sécurisé. C’est la 3ème génération du programme Syracuse, débuté dans les années 80 et mené par la délégation générale pour l’armement (DGA).

Jusqu’en 1994, les télécommunications militaires étaient assurées par 3 satellites Télécom 1 avec le programme Syracuse 1. La 2ème version (Syracuse 2) est basée sur une constellation de 4 satellites Télécom 2, encore opérationnels aujourd’hui. Mais ces programmes étaient cogérés par des organismes civils (France Télécom) et militaire (Etat-major des Armées). Avec le programme Syracuse 3 lancé en 2000, la France devient autonome en matière de communication par satellite, indépendamment des autres nations et des opérateurs civils. La direction, l’exploitation et le soutien des réseaux Syracuse sont réalisés par la direction interarmées des réseaux d’infrastructure (DIRISI).

Le satellite Syracuse 3A, réalisé dans le Centre spatial de Cannes Mandelieu, a été lancé en octobre 2005 par une fusée Ariane 5 depuis le centre spatial de Kourou en Guyane. La maîtrise d’œuvre a été assurée par Alcatel-space et Thalès. Sa mise à poste (autrement dit son arrivée à son altitude de travail) est assurée par le centre national d’études spatiales (CNES) et la DGA en est le client. D’une masse au lancement de près de 3 700 kg, il se présente sous la forme d’un bloc de dimensions 2,3 x 1,8 x 3,7 mètres. Son envergure est de 30 mètres lorsque ses deux panneaux solaires sont déployés. Il inclut comme principale innovation l’utilisation d’une antenne active en réception qui permet d’apporter de nouvelles capacités de protection contre les brouillages. Le 2ème satellite de ce programme (3B) a été lancé en août 2006 également par une fusée Ariane 5. Il a été livré aux armées en octobre 2006, soit un an jour pour jour après son aîné. Ces deux satellites assurent des communications en haut débit sur les bandes SHF et EHF avec les stations sol utilisateurs (SSU) portables, aérotransportables, ou intégrées sur des bâtiments de la Marine nationale. Le 3ème satellite de la constellation (3C) doit être lancé en 2010, il remplacera alors l’un des satellites du système Syracuse 2. La durée de vie minimale opérationnelle des satellites est de 15 ans. Bien entendu toutes les informations reçues et envoyées par ces satellites sont chiffrées, durcies contre les effets IEM* et protégées contre les brouillages. Afin d’empêcher toute interception, un procédé modifie les fréquences d’utilisation très rapidement. Ce procédé utilise un rythme et une logique protégée par des algorithmes de chiffrement tenus secrets.

*IEM : induction électromagnétique crée lors d’une explosion nucléaire.

Au sein de l’Armée de l’air, seule une centaine d’aviateurs spécialisés sont capables d’établir des liaisons satellitaires. En choisissant la spécialité 8001, ces techniciens « systèmes et supports de télécommunications » sont chargés de la mise en œuvre et de la maintenance des ensembles fixes et mobiles, ainsi que des matériels associés, relevant du domaine des télécommunications spatiales, hertziennes, radio, filaires ou optiques. Issus d’une filière technique, ces sous-officiers suivent de nombreux stages auprès d’industriels comme Thales, Alcatel ou dans les locaux de l’école supérieure d’application des transmissions de l’armée de terre (ESAT) de Rennes. Une fois les qualifications obtenues, l’instruction se poursuit au sein de leur unité. Certains de ces aviateurs sont affectés au Groupe de Télécommunication (GT) de Metz.

En métropole, le travail englobe la maintenance, la préparation des matériels, l’instruction et les exercices. Hors métropole, ces spécialistes déploient leur matériel de pointe sur les différents sites où les forces aériennes sont projetées (Kosovo, Ex-Yougoslavie, Afrique centrale, Afghanistan…). Lors des opérations extérieures (OPEX), ces techniciens sont confrontés à des contraintes locales pouvant influencer le fonctionnement de ce système satellitaire. En effet, les problèmes rencontrés liés aux conditions extrêmes sont propres à chaque déploiement. Les maintenances préventives seront accrues afin d’éviter que les températures importantes, les amplitudes thermiques, l’humidité, la poussière et le sable soient générateurs de pannes. Sans transmission, pas de mission !!!

Avec le système Syracuse 3, la France s’est doté d’un outil lui permettant d’être autonome en matière de communication militaire par satellites. Le Ministère de la défense forme au sein des trois armées, des techniciens spécialisés dans le système Syracuse. Certains d’entre eux, affectés dans les « GT » de l’Armée de l’air, sont prêts à être « projetés » à tout instant dans le monde entier. Pour ces spécialistes évoluant dans un univers de haute technologie, le sac d’effets militaires ne reste jamais bien longtemps déballé. A des milliers de kilomètres de la France, ces spécialistes déploieront leur matériel sophistiqué permettant aux forces armées d’assurer leurs missions. Pour un militaire se trouvant à l’autre bout du monde, Syracuse ne représente pas forcément la Sicile ou Henri Salvador. Ses antennes paraboliques orientées vers le ciel transmettront des messages très confidentiels et serviront également à améliorer le moral des troupes. Recevoir des nouvelles de sa famille est essentiel…

73’s, 14IR103.

Sources : Air actualités n°616 nov.2008, 4aspace.online.fr, defense.gouv.fr.dga et Wikipédia.

Merci à Mme Arnould (CNES Diffusion) pour son aimable collaboration.

©14IR103, reproduction interdite sans autorisation.


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1 Message

  • La tête dans les étoiles...

    5 février 2009 11:07, par 14IR404 Jérôme
    Encore mille fois bravo pour cet article fort intéressant. Je pensais par contre que nous avions plus de satellites affectés à cette mission. Probablement rien à voir avec d’autres nations comme les USA et la Russie.

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